Depuis le 1er mai la France a ouvert 61 métiers aux ressortissants des 8 pays de l’est nouvellement membres de l’Union Européenne. Dans ces métiers, 700.000 emplois ne trouveraient pas preneurs. Concomitamment, Nicolas Sarkozy présente un projet de loi au Parlement pour promouvoir une immigration « choisie », c’est-à-dire ouverte aux plus qualifiés des candidats à l’immigration.
On peut s’étonner, alors que notre pays compte plus de 5 millions de sans emplois, que certains métiers ne parviennent pas à recruter. Les causes en sont multiples. Le décalage entre la formation scolaire et les besoins des entreprises explique une partie de ce paradoxe, et l’Éducation nationale a été maintes fois invitée à se remettre en question. Citons également la faible considération et le faible niveau de salaire de ces métiers pourtant pénibles (B.T.P., hôtellerie, etc.). Les rémunérations, proches des minima sociaux, y sont tirées vers le bas par l’emploi historique de main d’ouvre immigrée et par le poids des charges sociales. Enfin, la main d’ouvre rendue disponible par la fermeture de sites de production ne possède pas les qualifications requises et se situe en générale regroupée dans des bassins d’emploi sinistrés.
Or nous voyons que la politique proposée par le gouvernement ne fera pas autre chose qu’entériner cet état de fait.
Une politique d’emploi de main d’oeuvre étrangère ne va relever ni la considération des métiers concernés, ni leur rémunération. Elle n’exercera aucun attrait sur les jeunes en formation et ne remettra pas en cause l’éducation nationale. Elle bouchera les perspectives à moyen terme de la population au chômage des anciennes zones industrielles (sur ce point en particulier, il convient de noter que laisser se délocaliser la production industrielle vers les pays étrangers, et en même temps appeler des étrangers pour occuper en France les postes non délocalisables est un marché de dupes). Enfin, elle ne diminuera en rien l’immigration non contrôlée, mais au contraire, elle appauvrira les pays émergeants en débauchant les élites dont ils ont besoin. accentuant ainsi une fracture qui entraîne la plupart des maux actuels : pauvreté, terrorisme, déracinement.
On peut donc considérer sans grand risque que cette politique est néfaste. Mais l’Alliance Royale ne s’arrête pas là. Elle s’interroge sur les raisons qui poussent un homme politique, a priori ni plus malveillant ni plus incompétent qu’une autre, à mener une telle politique.
Considérons pour commencer le paysage politique dans lequel se débat le gouvernement : celui du régime des partis.
A sa gauche, on ne souhaite pas voir se vider les bassins d’emploi. Ils entretiennent la psychose de la précarité et, partant de là, alimentent la contestation sociale. Ils constituent un électorat regroupé et maîtrisable. Il n’est pas question non plus de limiter l’immigration non qualifiée qui renforce la base mobilisable et entretient une autre psychose, celle de l’invasion, qui alimente un contre-feu électoral à droite de la droite parlementaire. La politique proposée par le gouvernement renforce même une gauche dure susceptible de contester sur son flanc un socialisme plus pragmatique et libéralisant.
A sa droite, la droite nationaliste entretient un discours défensif auquel M. Sarkozy ne souhaite pas se laisser assimiler. Une solution « positive » et « européenne » de l’immigration apparaît d’ailleurs comme rassurante et lui permet de mener un discours légèrement sécuritaire conforme à son positionnement au sein de l’actuelle majorité.
Dans les rangs de la droite parlementaire, une telle politique est rassurante. Elle apparaît comme une solution convenable à l’immigration. Elle est sensée régler à court terme et à peu de frais les problèmes de main d’oeuvre qui empoisonnent notre vie quotidienne. Elle flatte le libéralisme qui veut que la main d’oeuvre soit aussi mobile que les capitaux pour aller s’investir là où elle est la plus rentable, théorie à la mode mais contraire à la réalité humaine. Elle flatte enfin les Européistes en favorisant les migrations « inter régions ».
Dans un tel contexte politique, l’objectif n’est ni de régler la question de la main d’oeuvre, ni celle du chômage, ni celle de l’immigration, mais de gagner des élections. C’est le régime des partis.
Pire encore, cette politique d’immigration « choisie » affaiblit la cohésion nationale en discréditant la main d’oeuvre française, en privant des quantités d’hommes de débouchés auxquels ils auraient fini par accéder, en maintenant des bastions de contestation, à droite comme à gauche. La cohésion est la force d’une nation : on voit donc bien que cette affaire doit relever en premier lieu du Chef de l’État, en temps que garant de la cohésion nationale, et non du jeu idéologique des partis politiques qui ne fait qu’instrumentaliser les personnes et précipiter des factions les unes contre les autres.
C’est pourquoi l’Alliance Royale propose de sortir la politique régalienne du jeu des partis par une réforme des institutions.
Par cette réforme, le Chef de l’Etat, à savoir le Roi, ne dépend pas, comme le Prédisent de la république, d’un vote d’opinion idéologique, fondement du régime des partis. Le Haut Conseil, institution régalienne présidée par le garde des Sceaux, et dont les membres sont nommés par le Roi, instruit les affaires de Haute Justice, c’est-à-dire relevant de la cohésion nationale. Les partis idéologiques disparaissent par le principe de la démocratie équitable qui fait représenter à l’Assemblée Nationale les corps sociaux. La nationalité s’obtient par filiation adoptive après une longue période de résidence.
L’Alliance Royale estime ainsi que, aussi longtemps que ces questions institutionnelles n’auront pas été réglées, la France continuera à subir les politiques aux effets désastreux : les mauvaises politiques viennent moins des hommes que des mauvaises institutions.
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